Bonjour et bienvenue dans Le Dico ! Aujourd’hui, on vous propose un épisode sur les directives anticipées !
On va tous mourir, mais on peut choisir comment, et quand.
En Belgique et en Suisse notamment, il est possible de demander au corps médical une substance létale à s’injecter soi-même, ou administrée par les soignants. En France, des débats sont en cours en 2026 pour légaliser ces options. Mais sais-tu que tu peux quand même prévoir ta fin de vie, même si tu n’as pas de maladie grave ?
L’article L1111-11 du Code de la santé publique prévoit que si vous êtes majeur, vous pouvez “rédiger des directives anticipées pour le cas où [vous seriez] un jour hors d’état d’exprimer [votre] volonté”.
Mais alors, ça sert à quoi ce truc ?
Globalement, c’est un document que vous rédigez au moment où vous êtes lucide et conscient, et où vous décrivez ce que vous souhaitez et ne souhaitez pas en termes d’actes médicaux, dans le cas où vous ne pourriez plus donner votre avis.
La première utilité, c’est de désigner une personne de confiance, c’est-à-dire un proche qui prendra les décisions finales si vous ne pouvez pas le faire. Et oui, parce que vous ne pourrez pas anticiper toutes les situations, et si une question se pose à laquelle vous n’aviez pas répondu dans vos directives anticipées, les soignants se tournent vers la personne de confiance. C’est très important, notamment quand vous n’avez pas de famille proche, ou au contraire, que la famille est nombreuse et déchirée. Cela évite les débats interminables entre votre mère et votre frère qui ne sont pas d’accord. Le personnel médical a alors l’obligation de préférer l’avis de votre personne de confiance à celui des autres membres de votre famille. Les médecins peuvent bien sûr aller à l’encontre de ce que votre personne de confiance leur dit, notamment si c’est inapproprié médicalement, ou que ça contredit le reste de vos directives anticipées (mais dans ces cas-là, choisissez mieux vos amis).
Ensuite, vous pouvez indiquer tous les actes médicaux que vous acceptez ou refusez en fonction des situations. Par exemple, vous pouvez dire que vous ne souhaitez pas être maintenu en vie artificiellement si votre cerveau est complètement cramé, ou bien refuser qu’on vous greffe un organe en urgence, même si ça peut vous sauver la vie.
Attention, contrairement à ce qu’on peut penser, ce document est parfois indicatif et n’a pas toujours de valeur contraignante, c’est-à-dire que les médecins peuvent décider de passer outre. Si vous écrivez dans vos directives anticipées que vous ne voulez pas être touché par une femme, les médecins pourront considérer cette demande comme inadaptée et ne pas en tenir compte. Pareil en cas d’urgence vitale (bah oui, on n’a pas le temps de fouiller la paperasse quand vous vous videz de votre sang). Mais le plus souvent, quand on a le temps et qu’elles sont bien rédigées, les directives anticipées doivent être respectées. Vous pouvez par exemple refuser de recevoir une transfusion, un organe, un certain médicament, de donner vos organes, d’être intubé, d’être opéré, d’être réanimé… Bref, tant que c’est adapté et hors urgence, le corps médical se doit de les respecter. Chose rigolote, vous pouvez aussi demander des trucs pas du tout médicaux, notamment l’intervention d’un ministre de votre culte, ou le fait de maintenir votre vie jusqu’à ce que vos proches puissent venir vous voir.
La dernière chose que vous pouvez inscrire dans vos directives anticipées, c’est le moment où vous souhaitez un arrêt des soins curatifs et une sédation profonde et continue jusqu’au décès. Vous pouvez décider que, dans une situation donnée critique, vous refusez les soins curatifs, et souhaitez qu’on vous endorme et qu’on vous donne des antalgiques à forte dose, en arrêtant l’hydratation et l’alimentation artificielle, même si cela doit accélérer le décès. Évidemment, les soignants peuvent refuser d’appliquer cette volonté si elle est clairement inadaptée. Genre si vous avez juste un panaris, ça passera pas.
Et l’aide active à mourir, dans tout ça ? Dans tous les cas, ça ne peut pas faire l’objet de directives anticipées. Parce qu’on ne peut pas ôter la vie d’une personne qui n’est pas en état de donner son consentement. Juste parce qu’il faut qu’elle puisse changer d’avis, même au dernier moment.
Les directives anticipées doivent être rédigées directement par la personne concernée qui s’identifie clairement avec nom, prénom, date et lieu de naissance. Il est recommandé de les faire contresigner par un proche de confiance, et de les remettre à lui, ainsi qu’à votre médecin traitant. Vous pouvez aussi les déposer sur votre Espace Santé numérique, et les modifier quand vous le désirez. A noter que les personnes sous tutelle peuvent aussi rédiger des directives anticipées si le juge le permet.
Il existe des modèles téléchargeables depuis le site de la Sécurité Sociale qui s’appliquent à chaque cas, notamment le fait d’avoir ou non une pathologie grave, comme un cancer ou une maladie dégénérative incurable.
En bref, les directives anticipées, c’est important. ça évite que des familles se déchirent, ou de vous réveiller avec une jambe en moins ou le cerveau en compote. Vous pouvez les faire même si tout va bien, et les mettre à jour régulièrement. Parce que personne n’est éternel, et même si la fin fait peur à tout le monde, la loi vous permet de faire respecter vos volontés, et les soignants vous accompagneront, quelle que soit votre décision.

