Bonjour et bienvenue dans Le Dico ! Aujourd’hui nous vous proposons un Dico spécial à l’occasion de la journée internationale de l’Espéranto, aussi appelée “Zamenhofa Tago” en espéranto, qui a lieu le 15 décembre.
Savez-vous qu’il existe des langues inventées de toutes pièces ? Et même des langues à visée universelle ? L’espéranto en est une, quoiqu’en vrai… c’est un peu plus compliqué que ça.
L’espéranto, quésaco ?
L’espéranto est une langue dite “construite”, c’est-à-dire une langue à laquelle on peut attribuer un ou plusieurs auteurs, ainsi qu’une date de publication, par opposition aux langues dites “naturelles” comme le français. Il existe de nombreux projets de langues construites plus ou moins aboutis, imaginés dans un but politique, expérimental ou artistique. L’espéranto appartient à la première catégorie : elle a été forgée à l’origine pour devenir une “langue auxiliaire internationale”, dans le but de servir de langue intermédiaire entre les communautés, sans remplacer les autres langues. Même si elle n’a pas rejoint les rangs de la politique et du commerce international, l’espéranto est aujourd’hui la langue construite la plus populaire. Elle est avant tout apprise par celles et ceux qui en font le choix, que ce soit par curiosité ou par envie de rencontrer des gens d’autres pays, et s’utilise principalement à l’occasion de rencontres organisées et sur Internet.
Certains d’entre vous se demanderont peut-être : “Combien il y a-t-il de personnes qui parlent l’espéranto ?” Il n’est pas facile de répondre à cette question, car il n’existe pas de système pour recenser tous les locuteurs de la langue à travers le monde, en prenant en compte leur niveau et la fréquence à laquelle il l’utilise. Les estimations vont de 100’000 locuteurs à 3 millions de locuteurs en fonction des méthodes de calcul. A titre de comparaison, une langue comme l’islandais est parlée par 300’000 personnes.
L’origine
La première grammaire de l’espéranto a été publiée en 1887 par le “docteur Espéranto”, pseudonyme de Louis-Lazare Zamenhof, médecin polonais né le 15 décembre 1859 sous l’Empire Russe. Les XIXème et XXème siècles ont vu naître plusieurs projets de langues auxiliaires internationales en raison du développement des transports et du début de la mondialisation, comme le Volapük en Allemagne, l’Ido en France, ou l’Interlingua aux USA. L’idée était alors de proposer une langue ayant un statut neutre afin qu’aucune nation ne bénéficie d’un privilège linguistique sur les autres, comme c’était le cas à l’époque avec le français, ou comme c’est le cas aujourd’hui avec l’anglais. C’est probablement l’humanisme qui animait le docteur Zamenhof, et sa volonté de mettre en pratique la langue par le biais de la littérature et de la traduction, qui a permis à l’espéranto de tirer son épingle du jeu, en plus de sa relative facilité d’apprentissage et de sa flexibilité.
La langue
Bien que l’espéranto soit une langue construite, elle partage toutes les capacités expressives d’une langue naturelle et elle est soumise aux mêmes principes linguistiques que les autres. Cela signifie entre autres que, comme d’autres langues, elle est amenée à évoluer dans le temps en fonction des usages, si bien qu’un texte écrit au XIXème siècle aura une différence de style perceptible par rapport à un texte d’aujourd’hui, comme c’est le cas en français.
Les principales qualités de l’espéranto résident dans sa simplicité et sa flexibilité. En effet, il n’y a pas d’exceptions à mémoriser, pas de genre, et il existe plusieurs manières acceptables de construire une même phrase. Il est possible de construire de nombreux mots dérivés à partir de racines simples et de différents affixes, de manière totalement régulière, ce qui limite le nombre de mots à apprendre. De plus, contrairement à l’anglais ou au français, elle s’écrit comme elle se prononce.
Une phrase typique est constituée d’une sujet, d’un verbe et d’un complément, comme dans l’exemple suivant : “La hundo ĉasas nigran katon.” = “Le chien poursuit un chat noir.”
L’espéranto utilise un accusatif, marqué par un -n à la fin toute du mot, pour indiquer l’objet de la phrase. On peut donc changer l’ordre des mots sans en changer le sens : “Nigran katon ĉasas la hundo.” = “C’est un chat noir que poursuit le chien.”
Est différent de : “Nigra kato ĉasas la hundon.” = “Un chat noir poursuit le chien.”
Le pluriel est formé par l’ajout d’un -j (prononcé -y) à la fin de mot (et juste avant l’accusatif), sans modification du verbe : “La hundoj ĉasas nigrajn katojn.” = “Les chiens poursuivent des chats noirs.”
Avec le suffixe -id placé après le radical du mot, et avant sa terminaison -o, on peut obtenir la phrase suivante : “La hundido ĉasas nigran katidon.” = “Le chiot poursuit un chaton noir.”
Conclusion
Ce qui fait de l’espéranto une langue vivante à ce jour, c’est le fait que toute une communauté la fait vivre, l’utilise pour échanger, écrit des livres, des poèmes, de la musique, et construit autour d’elle une culture commune qui donne envie à d’autres de l’apprendre. Ce phénomène n’est pas unique : des langues naturelles comme l’hébreu moderne et l’indonésien ont été volontairement standardisées, modernisées et diffusées pour en faire des langues institutionnelles planifiées largement utilisées.

