Bonjour et bienvenue dans Le Dico ! Aujourd’hui, on vous propose un épisode sur les produits… cliniquement prouvés ! 

“Efficacité cliniquement prouvée”, vous pensez que c’est un gage de qualité ? Laissez tomber, ça ne veut rien dire.

Vous avez forcément dans votre placard de salle de bain une crème ou n’importe quel produit de beauté acheté après avoir vu dans une publicité ou sur le pot que son efficacité était “cliniquement prouvée”.

Attention à ne pas confondre cette mention avec “testé dermatologiquement”, qui veut juste dire que le produit est sûr pour l’application externe et ne présente pas de danger. C’est d’ailleurs une mention obligatoire pour la commercialisation en cosmétologie.

Parce que, ne pas être dangereux, c’est bien, mais les laboratoires aiment beaucoup faire miroiter des résultats fantastiques à leurs clientes. Oui, on va pas se mentir, c’est quand même souvent des femmes. Et pour ça, ils font intervenir… la science.

C’est pratique parce que ça fait sérieux et on se sent donc beaucoup plus à l’aise avec l’idée de claquer 1600€ pour un pot de 50mL de crème qui coûte 5 balles à produire quand un type avec une blouse vient nous dire que la science a prouvé que ça marchait. Mais même sans aller taper sur Dior, prenons une ancienne publicité pour une crème “efficace dès 12h”. Mais si, vous voyez, là. Làààààà, juste làààà en tout petit, de biais et en blanc sur fond bleu ciel, faites un effort, bon sang !

Déjà, c’est efficace sur quoi ? Ce n’est pas précisé dans le spot, évidemment. Pour dire que “ça marche”, il faut déjà définir ce que veut dire “marcher”. En sciences, on appelle ça un critère de jugement. Une étude scientifique qui prouverait que cette crème est efficace devrait définir précisément quel est l’objectif. Par exemple, ça pourrait être de réduire le nombre de lésions d’acné visibles. Peu importe quel est ce critère, mais il faut absolument qu’il soit défini en amont (sinon on peut le changer en fonction des résultats obtenus, et c’est de la triche), et il faut qu’il soit objectif, enfin autant que possible. Par exemple, l’impression d’avoir une plus belle peau, c’est très subjectif et soumis aux effets contextuels.

Mais une fois qu’on a défini ce qu’est l’efficacité, donc ici les imperfections sévères de la peau, il faut se demander comment on a “prouvé” cette efficacité.

Dans un monde merveilleux, il faudrait constituer deux groupes de personnes homogènes, avec des types de peaux bien répartis entre les groupes, et faire appliquer la fameuse crème au groupe A, et une crème de contrôle au groupe B. On pourrait alors comparer les effets entre les deux groupes, et vérifier que la crème A est vraiment plus efficace qu’un simple tube de vaseline qui coûte 7 fois moins cher.

Évidemment, chez les labos de cosméto, on n’a pas d’argent à mettre dans des preuves solides, le marketing est bien plus important. Mais la loi demande d’avoir quand même un petit quelque chose pour dire que “ça marche”. Alors les labos choisissent la solution de facilité : les tests sur des volontaires. Et ce qui est bien, c’est qu’il n’y a aucune règle. 43 volontaires qui sont potentiellement tous issus de la boite et/ou sont payés pour faire leurs retours ? Pas de problème, ça suffit. 

C’est donc ça qu’il y a derrière le “cliniquement prouvé” ou “scientifiquement prouvé” : des tests de satisfaction de mauvaise qualité sur quelques volontaires rémunérés.

Du vent, quoi.

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Marine Mercadié

Médecin généraliste et vulgarisatrice spécialisée dans la santé mentale, la santé sexuelle, et les médecines alternatives