Bonjour et bienvenue dans Le Dico ! Aujourd’hui, on vous propose un épisode sur les biais cognitifs, ou pourquoi ton cerveau te déteste !
Tu penses mal et c’est à cause de ton cerveau !
Ah… les biais cognitifs. On entend ce mot partout, mais pas possible de savoir ce que ça veut dire. C’est même un terme à la mode auquel on a tendance à faire dire tout et n’importe quoi. On le retrouve dans le marketing, les discours politiques ou même entre enseignants quand on parle de pédagogie. C’est une véritable instrumentalisation des biais à laquelle on a affaire. Pour parler des biais cognitifs, on parle parfois aussi d’heuristique, des raccourcis mentaux. L’idée ici ne sera pas d’en faire une définition absolument exhaustive pour la simple et bonne raison que la recherche en la matière est particulièrement complexe et qu’il est tout aussi complexe d’en tirer les idées principales pour les transmettre simplement. Si ça vous intéresse, vous pouvez vous rapprocher des recherches faites en psychologie cognitive et sociale où les travaux sont nombreux. Pour faire très simple c’est une déviation dans le traitement d’une information. On suppose donc qu’il existe une manière de penser qui soit logique et rationnelle, et que le biais va être ce qui vient perturber ce traitement logique et rationnel de l’information. Cela peut être une erreur de perception, d’interprétation, d’évaluation de l’information dans des domaines qui vont de la statistiques aux relations sociales. Pour certains, ce sont des conséquences des limitations des capacités de l’esprit humain qui, ne pouvant pleinement traiter l’information, fait appel à des raccourcis mentaux pour s’en sortir. C’est une vision de type “faute de mieux, notre cerveau interagit de cette manière avec le réel”. D’autres approches insistent davantage sur la dimension adaptative de ces mécanismes : loin d’être de simples erreurs, ils témoignent d’une capacité à produire des jugements rapides, souvent suffisants pour agir dans un environnement complexe.
Quand on parle d’information, le terme est large, on va simplement retenir que c’est un message, qu’il soit écrit, oral, pictural… un message, quelque chose qu’on porte à notre attention.
Les biais vont donc venir s’insérer entre le message et sa compréhension pour potentiellement le distordre. Du moins il va s’agir d’un mécanisme automatique, souvent inconscient, qui influence la manière dont nous percevons ou jugeons ce qui nous est présenté. Dans la vie quotidienne, cette déviation peut être légère et sans conséquence, mais elle peut aussi orienter des décisions importantes, qu’elles soient individuelles ou collectives. C’est en cela que la notion intéresse autant les psychologues que les économistes, les juristes ou les spécialistes de la communication.
Il existe un grand nombre de biais, bien que la recherche s’interroge justement sur leur pertinence, qui vont du cadrage, qui désigne l’influence que peut avoir la formulation d’une question sur la réponse qui y est apportée, au biais de confirmation qui implique que l’on préfère les informations qui confirment une pensée préexistante.
On pourrait également citer le biais d’ancrage, lorsque la première information reçue oriente toutes les suivantes, ou encore l’effet de halo, qui consiste à généraliser une impression positive ou négative à l’ensemble d’une personne ou d’un objet. Ces exemples montrent que les biais ne sont pas des phénomènes isolés mais des motifs récurrents de notre manière de juger, de comparer, de hiérarchiser.
Il ne faut pas voir ces biais comme des obstacles à la pensée rationnelle dont il faudrait se débarrasser, c’est illusoire, mais davantage comme des alertes à garder à l’esprit quand on reçoit une information.
Ils constituent finalement une cartographie utile de nos limites cognitives : comprendre leur existence ne permet pas de les éviter totalement, mais cela offre un cadre pour analyser nos réactions, remettre en cause nos intuitions et interroger nos raisonnements. Mais attention aux biais des biais, celui qui nous fait en voir partout, tout le temps et qui permettrait de disqualifier le discours sous prétexte qu’il serait emprunt… d’un biais. Il est nécessaire de rester prudents et de ne pas chercher dans tout énoncé, notamment ceux qui ne nous plaisent pas, une raison de le dénoncer sous prétexte de tel ou tel biais qui serait immédiatement disqualifiant.
Ainsi, les biais ne sont donc pas des défaillances individuelles, mais plutôt des manifestations structurelles d’un esprit qui cherche à simplifier un monde trop vaste pour être traité dans son intégralité.
En avoir conscience, c’est déjà reconnaître que notre rapport au réel est médiatisé, filtré, reconstruit. Et c’est cette prise de recul, plus que la maîtrise d’une liste de biais, qui constitue l’enjeu central lorsque l’on parle de pensée critique.

