Bonjour et bienvenue dans Le Dico ! Aujourd’hui, on vous propose un épisode sur la santé ! 

La santé, c’est le plus important ! Vraiment ?

Être en bonne santé, c’est une notion éminemment subjective. Certaines personnes avec beaucoup de maladies vont s’estimer en bonne santé, et d’autres sans aucune pathologie chronique diagnostiquée vont dire qu’elles ont une santé déplorable. Mais alors pourquoi ?

Pour comprendre ça, il faut revenir à l’historique de la définition, et c’est un peu compliqué. En effet, actuellement, on considère la santé comme “un état de complet bien-être physique, mental et social, et pas seulement une absence de maladie ou d’infirmité”. ça, c’est la version proposée en 1946 par l’OMS. On va y revenir, mais c’est important de savoir d’où on vient et comment on en est venu là. 10 ans auparavant, René Leriche, un mec avec une chouette moustache, disait que la santé était “la vie dans le silence des organes”. Mais ça pose un problème. Et oui, parce que le silence des organes, c’est l’absence de maladie. Or, il faudrait définir ce qu’est une maladie, et ça c’est compliqué. Un diabétique qui a besoin d’insuline, il est malade. Un mec qui a une gastro, il est malade. Mais une personne sourde ? Ou autiste ? Et ben… c’est pas évident. Donc cette définition de la santé qui serait uniquement le bon fonctionnement des organes, elle ne fonctionne pas vraiment, surtout dans notre société actuelle.

D’où la définition de l’OMS, avec deux avancées majeures : le passage à une formulation positive, c’est-à-dire que la santé est un état à atteindre, et pas uniquement une espèce de mode par défaut quand rien ne va mal, et l’intégration de toutes les dimensions de la santé. On va s’arrêter là-dessus 2 minutes : la santé mentale, c’est très compliqué. Avant les années 50 globalement, on s’en fout un peu, on met tout le monde dans des asiles ou on les massacre, et basta. C’est Freud qui fera office de précurseur en Europe, avec la très célèbre (mais néanmoins complètement nulle) psychanalyse, qui sera la première théorie à vraiment tenter d’expliquer les pathologies psychiques. Il le faisait mal, certes, mais au moins, la problématique sortait au grand jour. C’est donc en 1949 qu’on voit apparaître pour la première fois dans la Classification Internationale des Maladies (publiée par l’OMS), quelques troubles mentaux. En 1952, le DSM sort dans sa première version, et tente d’établir une catégorisation de ces maladies et des pistes de traitements. Freud oblige, on parle beaucoup de névroses et de trouble stress post-traumatique, et ces premières versions sont très discutables. Mais elles ouvrent la voie à une vraie prise en charge des troubles psychiques qui s’améliore de jour en jour, et ça c’est bien.

Un autre élément important, c’est la dimension sociale de la santé. Nous vivons dans des sociétés constituées avec des normes, des contraintes, des rôles choisis ou imposés, un environnement socioculturel… bref : plein de choses qui ne sont pas dépendantes de notre volonté. On ne peut donc pas voir la santé en dehors de ce contexte. Prenons l’exemple de l’alcool. Un seul verre augmente le risque de plusieurs cancers, c’est su, connu et reconnu, il n’y a pas de débat sur la question. Pour autant, vous consommez probablement de l’alcool. Assez souvent, même. Et c’est au moins en partie dû à votre contexte social : nous vivons en France, dans un pays très marqué par la viticulture, avec une habitude de consommation de vin rouge notamment, où l’alcool est socialement accepté, voire valorisé en contexte festif… Bref, ce n’est pas qu’une affaire personnelle. Est-ce-que ça fait de vous un individu en mauvaise santé ? En France, pas du tout. Mais dans des pays à majorité musulmane, où la consommation d’alcool est mal vue, voire prohibée, boire même “modérément” fait de vous quelqu’un qui dégrade significativement sa santé. Tout est donc une question de contexte.

La santé acquiert donc de nouvelles dimensions : on passe d’une définition centrée sur le corps physique, à une notion plus vaste et plus globale, prenant en compte la santé mentale, ainsi que les déterminants sociaux et économiques. 

Mais c’est encore insuffisant. Parce que la santé reste un objectif à atteindre, un eldorado qu’il faut viser pour… bah pour quoi, justement ? Ne pas mourir ? Ne pas avoir de maladie ? Mais pourquoi c’est important ?

Ouais je vous laisse quelques secondes sur celle-là histoire de contempler la vacuité de notre existence dans un monde aussi vaste.

Être en bonne santé, c’est tout simplement une manière d’atteindre les objectifs que vous vous êtes fixés. La Santé en elle-même, avec un grand S, n’a d’intérêt que parce qu’elle vous permet de faire ce que vous voulez. Si vous avez envie de courir un marathon, vous blesser à la cheville sera signe d’une très mauvaise santé, mais pour quelqu’un qui vit en fauteuil roulant, ce sera absolument sans conséquence. La surdité, pour une personne vivant avec des sourds uniquement, n’est pas forcément une déficience, de la même manière que l’autisme peut être une simple atypie de fonctionnement si les proches s’y adaptent.

C’est ce que l’OMS propose dans sa définition plus récente de 1986, mais qu’on entend moins : la santé est “une ressource de la vie quotidienne”, de la même manière que le pognon ou les proches.

Mais au-delà de ces définitions, il faut également prendre en compte que la santé est un processus dynamique. Parfois, vous êtes malades. Parfois, ça va mieux. Vous avez un cancer, vous êtes guéris ; vous faites une dépression, puis vous en sortez. La santé fluctue, comme tout dans la vie. 

Alors plutôt que de vouloir préserver absolument cette sacro-sainte santé sans savoir pourquoi, essayons plutôt de se servir de nos ressources physiques, psychiques et sociales pour s’accomplir pleinement, et pourquoi pas, contribuer à la santé des autres.

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Marine Mercadié

Médecin généraliste et vulgarisatrice spécialisée dans la santé mentale, la santé sexuelle, et les médecines alternatives