Bonjour et bienvenue dans Le Dico ! Aujourd’hui, on vous propose un épisode sur la médecine en tant que discipline.

La médecine est la plus noble de toutes les professions, disait Hippocrate. Mais c’est quoi, la médecine ?

Premièrement, la médecine est une science, dans le sens où c’est une discipline qui applique la méthode scientifique pour mener des expériences qui servent à affiner des hypothèses et les élever au rang de théories. De ces théories, en anatomie et en physiologie, notamment, elle bâtit un modèle de connaissance de l’humain, son fonctionnement, ses pathologies, et les moyens de les prendre en charge.

C’est aussi une science puisqu’elle utilise des données scientifiques : en médecine, on ne fait pas n’importe quoi, on se base sur des données fiables et réfutables. Vous pouvez faire de la médecine sans jamais faire de recherche en médecine, mais vous allez devoir appliquer les données de la science médicale pour prendre en charge les patients. Si votre patient tousse, vous allez utiliser les connaissances scientifiques en anatomie pour savoir où sont situés les poumons, puis vos connaissances en sémiologie pour reconnaître la toux, pratiquer un examen clinique et poser le diagnostic d’asthme, puis vos connaissances en physiopathologie pour comprendre que c’est l’air sec et froid de l’hiver qui a entraîné une réaction inflammatoire ayant provoqué les symptômes, puis vos connaissances en pharmacologie pour proposer un traitement à base de corticoïdes inhalés et de bronchodilatateurs. Bref, la médecine, ça ne se pratique pas n’importe comment, ça se fait en utilisant le consensus scientifique.

Mais la médecine, c’est aussi un art.

Parce que la science, les études et les données, c’est bien. Mais en médecine, on traite avec des humains. Et les humains, c’est tout sauf rationnel. Vous avez beau savoir que le frottis doit être fait tous les 5 ans pour dépister de manière efficace le cancer du col de l’utérus, vous retardez le rendez-vous. La connaissance scientifique ne suffit plus, il faut l’accompagner de pédagogie, mais aussi et surtout d’une véritable écoute du patient, d’une compréhension de ses motivations, ses ressentis, ses représentations, ses propres connaissances, ses craintes et ses envies. Et ça n’est même pas suffisant. L’art médical, c’est aussi savoir s’éloigner des recommandations parce que “ce patient-là, on le sent pas”. Les chercheurs appellent ça le “gut feeling”. Et ça a sans doute sauvé beaucoup de personnes.

Et cette double casquette de la médecine, elle est fondamentale, puisque l’une ne peut pas aller sans l’autre. On n’imagine pas pouvoir soigner des patients sans connaissance scientifique, ou en se basant uniquement sur ses expériences personnelles (c’est ce que faisait Hippocrate et les résultats n’étaient pas… enfin voilà, quoi !), mais d’un autre côté, on ne peut pas non plus appliquer uniquement les protocoles de manière bêtement informatisée. Chaque patient est unique, chaque consultation est unique, et les connaissances scientifiques sont tout aussi indispensables que l’art et la manière de les appliquer.

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Marine Mercadié

Médecin généraliste et vulgarisatrice spécialisée dans la santé mentale, la santé sexuelle, et les médecines alternatives