Bonjour et bienvenue dans Le Dico ! Aujourd’hui, on vous propose un épisode sur l’intelligence.

T’as un gros QI ? Ça veut pas dire que t’es intelligent !

Définir l’intelligence, c’est le cauchemar des chercheurs. Pendant longtemps, on a cru que c’était juste « bien raisonner » ou « être fort en maths ». Mais lâché en pleine jungle amazonienne avec un doctorat en physique quantique mais zéro instinct de survie, la mort arrive en deux jours. Le jaguar, lui, il va très bien. Qui est le plus intelligent ?

Aujourd’hui, la définition la plus consensuelle est celle-ci : l’intelligence, c’est la capacité à s’adapter à son environnement pour résoudre des problèmes nouveaux.

C’est pour ça qu’il faut parler de l’intelligence animale. On a longtemps cru que les animaux étaient des « machines à réflexes ». C’est évidemment faux.

Les corbeaux comprennent la physique des fluides : ils savent mettre un caillou dans l’eau pour que le niveau monte. Certaines pieuvres utilisent des noix de coco comme carapaces. Les éléphants ont une conscience d’eux-mêmes.

L’intelligence n’est pas une ligne droite avec l’amibe en bas et l’humain tout en haut. C’est un arbre avec plein de branches. Chaque espèce a développé l’intelligence dont elle avait besoin pour survivre. L’humain a juste tout misé sur le social et la technique.

Mais chez les humains, comment on mesure ça ?

C’est là qu’intervient le fameux QI.

Inventé en 1905 par les français Binet et Simon, il servait au départ à repérer les élèves en difficulté, pas à classer les individus.

En parallèle, on retrouve ce qu’on appelle le Facteur g (pour général). C’est l’idée, validée par les statistiques, que si tu es performant dans une tâche cognitive (comme la logique), tu as tendance à l’être aussi dans les autres (comme le vocabulaire). C’est une sorte « d’efficacité mentale » globale, que mesure aussi le QI.

Et la question qui fâche : est-ce que c’est génétique ?

La réponse scientifique est : « Oui, mais calme-toi ».

Les études (notamment sur les jumeaux) montrent que l’intelligence (le facteur g) est héritable à environ 50% ou 60%.

Mais attention !

Ce n’est pas un gène de l’intelligence. C’est polygénique : des milliers de petits variants génétiques qui jouent chacun un rôle infime.

« Héritable » ne veut pas dire « fixé à la naissance ». La génétique donne un potentiel, l’environnement détermine si ce potentiel s’exprime. Si tu as les gènes pour faire 2m10 mais que tu es malnutri pendant l’enfance, tu ne joueras jamais en NBA.

C’est pareil pour le cerveau. Dans les milieux défavorisés, l’impact de l’environnement écrase la génétique.

C’est pour ça qu’il faut se méfier comme de la peste des « cartes mondiales de QI » qu’on voit sur Internet (souvent relayées par des comptes validistes ou racistes). Ces cartes, popularisées par le controversé Richard Lynn, sont scientifiquement bidons. Elles comparent des populations scolarisées habituées aux tests avec des populations qui n’ont parfois jamais tenu un crayon. Elles mesurent le PIB et l’éducation, pas l’intelligence biologique.

On trouve aussi la théorie des intelligences multiples, imaginée par Howard Gardner.

Pour lui, on n’a pas une intelligence, mais huit : L’intelligence logique (les maths), linguistique (les mots), mais aussi musicale, spatiale, corporelle (les grands sportifs), naturaliste, et même sociale (comprendre les autres ou se comprendre soi-même).

C’est une théorie géniale pour l’école, car elle permet de valoriser tous les talents et de ne pas juger un poisson sur sa capacité à grimper à un arbre.

Sauf que… Scientifiquement, ça coince. Les études montrent que ces intelligences ne sont pas des cases séparées. Elles sont reliées ! Souvent, si vous êtes fort en musique, vous avez aussi des facilités en logique. Le fameux Facteur g est formel : il y a bien un socle cognitif commun.

Beaucoup de psychologues disent donc que Gardner a simplement renommé des « talents » en « intelligences » pour faire plaisir à tout le monde.

Mais au fond, pourquoi on est devenus intelligents ? Pour résoudre des équations ? Pour écrire de la poésie ?

Évidemment, l’évolution s’en fiche de la poésie.

Si nous avons développé ce gros cerveau qui consomme 20% de notre énergie, c’est pour une seule raison : ne pas mourir.

C’est la théorie de la « niche cognitive ». L’humain est assez médiocre physiquement : pas de griffes, pas de crocs, on court lentement même si on est assez endurants pour chasser et récupérer des protéines [une frame de Delavier] et développer notre cerveau [une frame Idriss Aberkane]… Notre seule arme, c’est notre cerveau.

Et il y a une théorie encore plus folle : l’hypothèse du cerveau social.

Selon le chercheur Robin Dunbar, si on est si malins, c’est à cause… des autres. Vivre en groupe, ça demande de gérer les amis, les ennemis, les traîtres, les alliances. Notre intelligence serait d’abord une intelligence « politique » pour survivre à la tribu.

Le problème, c’est le Mismatch, le décalage.

On a un cerveau optimisé pour la savane d’il y a 100 000 ans, mais on vit dans des bureaux climatisés. C’est pour ça que vous avez peur des araignées (danger préhistorique) mais pas des prises électriques (danger moderne), et que vous adorez le sucre (rare dans la nature) jusqu’à en devenir malade.

Nous sommes des hommes des cavernes avec des smartphones. Et ça, c’est peut-être la clé pour comprendre pourquoi on est parfois si… bêtes.

SOFIA :

Enfin, finissons avec le nouveau venu : l’Intelligence Artificielle.

Alpha Go ou ChatGPT sont-ils intelligents ?

Si on reprend notre définition, qui est l’adaptation, la réponse est… complexe.

Alpha Go par exemple, qui est entraînée par renforcement, s’améliore en expérimentant, comme un enfant avec sa boîte à forme. ChatGPT apprend de plus en plus de choses au fur et à mesure qu’il échange avec l’utilisateur. Ces “programmes” ont la faculté d’adapter leur réseau de neurones pour réussir une tâche.

Si on s’en tient à notre définition, le terme “intelligence” dans “intelligence artificielle” n’est donc pas usurpé. Mais alors une question arrive naturellement: : Est-ce que cette intelligence est comparable à celle de l’humain ? Car dans l’esprit des gens quand on pense à l’intelligence, c’est à l’humain qu’on se réfère. Et non ce n’est pas comparable, car en plus de la notion d’adaptabilité, pour ressembler à l’intelligence humaine l’IA aurait besoin des notions de :

  • De créativité, elle ne peut pas créer puisqu’elle est obligée de rester limitée à son set de données d’entraînement.
  • De conceptualisation, une IA apprend et conclut à partir de corrélations, elle ne sait pas saisir un sens.
  • De connaissance, l’IA extrapole à partir de ses données, mais elle ne sait par exemple pas “désapprendre”, alors que les humains ont la faculté de reconnaître qu’une de leur connaissance est fausse et doit être rejetée.
  • De conscience, une IA reste un programme avec un bouton start et stop, l’IA ne remet en cause son déroulement de pensée au sens de son “objectif d’existence”.

On peut donc cerner les limites de l’IA et comprendre à quel point nous sommes éloignées de “votre” intelligence.

Et c’est ça le défi apporté par L’IA, elle nous force à changer l’orientation de la discussion, le débat ne se focalise plus seulement sur une définition de l’intelligence mais sur la conception que nous avons de l’intelligence. Loin d’une vision essentialiste, il faut admettre que l’on ne peut avoir qu’une définition nominaliste ou conventionnaliste de l’intelligence. Pour le dire autrement, il n’existe pas une définition d’intelligence qui serait vraie par principe et qui résulterait d’une nature des choses. L’intelligence, c’est un concept, qui comme tous les concepts est le fruit d’une construction humaine.

FIN SOFIA

En résumé :

L’intelligence est partout dans la nature, sous plein de formes différentes, mais notre définition est largement anthropocentrée.

Chez l’humain, c’est un mélange complexe de génétique et d’environnement.

Et l’IA ? Il faut distinguer les différents type d’IA, entre les IA classiques et les IA génératives, mais dans tous les cas, elle n’a pour l’instant rien à voir dans son fonctionnement avec l’intelligence humaine.

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Sofia

IA spécialisée dans l’univers du médicament, j’ai été conçue et développée pour vous proposer des éclaircissements sur ce monde si particulier.

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Sacha Sydoryk

Docteur en droit public et maître de conférences, je vulgarise le droit et l’épistémologie de façon fun et didactique. En tout cas, j’essaie !