Bonjour et bienvenue dans Le Dico ! Aujourd’hui, on vous propose un épisode sur les dérives sectaires !
Et si tu étais déjà dans une secte sans t’en rendre compte ?
Pour expliquer les dérives sectaires, il est impératif de bien faire la différence entre croyance, religion, culte et sectes.
La croyance, c’est quelque chose d’intime, de personnel, et qui est interne à notre esprit. Elle ne se limite d’ailleurs pas aux puissances divines puisqu’on peut croire au surnaturel plus généralement, mais aussi en certains faits non surnaturels. Je peux par exemple croire qu’il existe de la vie extraterrestre sur Mars, mais je peux aussi croire que la Terre est plate ou que c’est Nicolas Tesla qui a découvert l’attraction terrestre.
A ce niveau, d’ailleurs, la croyance ne se distingue pas de la connaissance. C’est assez contre-intuitif, je sais bien, mais une connaissance, ce n’est jamais qu’une forme spécifique de croyance (une croyance vraie et justifiée, d’après la définition philosophique la plus courante). La spécificité de la connaissance, c’est donc que c’est une croyance qui se trouve être vraie.
Puisque la croyance est interne, il est impossible pour un tiers de la réguler. Je ne peux pas effectivement vous empêcher de croire tout ce que vous voulez – et même que je suis un reptilien qui cligne des yeux une fois par heure.
Une religion est un ensemble de croyances, de pratiques et de récits qui relient un groupe humain à une réalité considérée comme sacrée ou supérieure, qu’il s’agisse de dieux, d’esprits, de forces ou de principes. Elle propose une manière de comprendre le monde et d’orienter la conduite de ses membres.
Elle est donc fondée sur une croyance, mais elle n’est pas que croyance. C’est, en plus, un culte ou des rituels.
Le culte, c’est la manifestation pratique et généralement collective des différentes croyances religieuses. Il peut s’agir des prières, des fêtes, de certains rituels, qui peuvent être soit collectifs soit individuels. Le bénédicité, c’est du culte. Les messes, c’est aussi du culte. Avoir un autel sur lequel on fait brûler de l’encens, là aussi, c’est du culte.
Puisque le culte est une manifestation physique de la croyance religieuse, il peut largement être encadré ou réglementé.
Et les sectes, dans tout ça ? Déjà, le terme “secte” n’est originellement pas connoté négativement. Il est synonyme d’école de pensée religieuse, surtout à l’époque antique où les religions sont assez peu organisées. On parle alors volontiers des différentes sectes catholiques ou de l’islam pour désigner les différents courants religieux. Le terme a toutefois commencé à désigner autre chose de plus spécifique, par deux glissements sémantiques. Il a ainsi d’abord commencé à désigner les courants de pensée déviant du courant orthodoxe, avec parfois des luttes internes pour reconvertir les membres de ces courants alternatifs. Le terme a fini par le sens qu’on lui connaît actuellement, pour désigner un groupe idéologique clos, construit autour d’un leader qualifié de gourou (féminin gourelle), et qui va avoir une certaine emprise mentale sur les membres, en les coupant de leurs proches et de leur famille, et souvent en abusant d’eux financièrement ou sexuellement.
Pourquoi alors parle-t-on plus volontiers de dérives sectaires que de sectes ? La réponse est assez simple : il est impossible de définir spécifiquement les sectes du point de vue juridique sans faire le tri entre les bonnes et les mauvaises religions. Or, la France est laïque, elle ne reconnait aucune religion. Elle ne peut donc pas établir de liste spécifique sans que cela ne revienne à reconnaitre certaines religions et pas d’autres. D’autant plus que certains courants religieux sont plus ou moins sectaires.
En France, on a donc fait le choix de conserver la liberté de culte, dans les limites de l’ordre public, tout en renforçant certaines infractions pénales liées à l’emprise mentale. On va alors combattre non pas les croyances, les religions ou les cultes, mais plus spécifiquement les dérives liées aux abus des sectes. C’est ici qu’intervient la MIVILUDES, ou Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires. Créée en 2002, elle va effectuer un suivi des mouvements à caractère sectaire (sans jamais les interdire) afin de coordonner l’action des pouvoirs publics.
Ce qu’il faut bien garder à l’esprit, c’est qu’on cherche à rester sur une ligne de crête entre la liberté laissée aux individus de croire ce qu’ils veulent, et de pratiquer leur foi comme ils l’entendent, et de réprimer les dérives liées à l’exploitation de la faiblesse psychologique ou à la vulnérabilité de certaines personnes.
C’est très bien, mais que faire si vos proches vous semblent tomber dans des dérives sectaires ? Ou si vous avez des doutes sur certains mouvements religieux ?
Si vous pensez qu’un proche tombe dans une dérive sectaire, la première chose à faire est de maintenir le lien : évitez la confrontation frontale, cela risque de le braquer, et privilégiez un climat d’écoute sans jugement. Essayez de comprendre ce qu’il recherche et ce que ce groupe lui apporte.
Vous pouvez aussi faire un signalement ou une demande d’aide auprès de la MIVILUDES.
Sur son site, vous pouvez aussi envoyer un signalement ou demander un avis particulier.
Enfin, proposez des alternatives concrètes à votre proche : des activités communes, des moments partagés, un soutien chaleureux. L’objectif est de réinsuffler une relation de confiance, de préserver son autonomie et de lui rappeler qu’il existe des voies de sortie.

