Bonjour et bienvenue dans Le Dico ! Aujourd’hui, on vous propose un épisode sur la peer review.

Écrire un article scientifique, c’est facile. Mais le publier, c’est une autre paire de manches.

Le boulot des chercheurs, c’est d’écrire des articles scientifiques pour partager leurs résultats avec la communauté et faire avancer la recherche dans sa globalité.

Mais n’importe qui ne peut pas publier n’importe quoi n’importe où. Pour s’assurer de la bonne qualité des articles qui paraissent dans les revues scientifiques, elles doivent être relues et éventuellement corrigées par des personnes indépendantes expertes du domaine : c’est ce qu’on appelle la revue par les pairs, ou peer-review en anglais.

Ce processus permet de questionner la méthodologie et la discussion des résultats pour s’assurer que les règles de l’art ont été respectées et que les explications fournies par les auteurs sont suffisamment claires. Généralement, les journaux scientifiques ont des dizaines de reviewers à qui ils peuvent demander de relire les articles soumis en fonction de leur champ de compétence.

 Le chercheur envoie son manuscrit à un journal, le journal cherche des relecteurs et leur envoie l’article s’ils sont ok. Les reviewers lisent l’article, le commentent, et renvoient leur verdict à l’éditeur : accepté tel quel, accepté sous condition de modification (majeure ou mineure), ou rejeté. Si l’article est accepté, il y a très souvent des modifications demandées par les reviewers.

Et c’est alors que commence l’interminable navette entre les auteurs et les relecteurs, pour arriver à une version finale qui sera effectivement publiée dans le journal. Cette étape peut être longue (parfois plusieurs années) et exigeante. Mais elle est indispensable pour avoir des articles de qualité. Le type de commentaire des reviewers peut aller de la simple correction orthographique à une critique de fond sur le design expérimental ou une analyse, qui remet en cause l’ensemble du travail. Il faut répondre à chaque observation des reviewers.

Un problème qui existe dans les champs de recherche un peu niche et que les chercheurs se connaissent tous. Il faut donc mettre ses affinités de côté pour effectuer une review correcte. Il m’est arrivé de refuser de faire la review d’un papier dont la première auteur est une amie proche. En revanche, ce n’est pas parce que deux chercheurs se connaissent qu’ils se font des cadeaux en review. Parfois ça tire à balles réelles et les labos regorgent d’histoires d’empoignade diverses, qui sont au final très saine pour la recherche. Il y a d’ailleurs un running gag en science sur le reviewer 2, qui est celui qui casse les pieds et exige de refaire toute l’expérience avec des hypothèses de travail différentes, etc. En général on lui répond poliment d’aller se faire cuire le cul.

Certains journaux s’affranchissent complètement de ce processus pour publier les copains en douce sans se préoccuper de la qualité de leurs travaux : on les appelle les revues prédatrices. C’est ainsi qu’on peut avoir des articles scientifiques complètement éclatés qui sont quand même publiés. Il faut donc bien regarder le nom de l’éditeur avant de lire un article, pour s’assurer que celui-ci soit sérieux.

La revue par les pairs est assez limitée en SHS, ou au moins très différente de ce qui se fait dans les autres disciplines. En droit, au moins, les articles sont toujours plus ou moins revus avant publication, mais le processus est très variable. Il existe quelques revues qui reprennent le format classique des reviewers en double aveugle (l’auteur et les reviewers ignorent leurs identités). L’article est commenté, et il est accepté, accepté avec réserves ou refusé, mais plus fréquemment, c’est le directeur de la publication qui effectue un premier tri, avec un comité de rédaction qui effectue des relectures, mais sans nécessairement faire de retours à l’auteur en cas de rejet de l’article. C’est ainsi parfois une relation de confiance entre auteur et revue qui justifie la publication.

Si en SHS les revues prédatrices existent évidemment, elles sont bien moins répandues que dans les autres disciplines. Le droit, en France, est presque complètement exempt de telles revues !

Une fois le papier accepté, on doit effectuer le typesetting, c’est-à-dire formater correctement l’article pour la revue cible. Les journaux exigent souvent des formats d’image particuliers et des formats de citation spécifiques. Ce processus peut être plus ou moins pénible. 

La dernière étape, c’est de signer l’article. En sciences fondamentales, la liste de noms est souvent interminable.

Il y a souvent des critères cependant pour être auteur d’un article. La publication d’un article nécessite la recherche de fonds, la conception de l’étude, la réalisation de l’étude, l’analyse de résultats et la rédaction. Il faut avoir participé de manière significative à au moins deux de ces étapes pour pouvoir être co-auteur. La liste est interminable car souvent il y a plusieurs laboratoires qui collaborent entre eux, avec des personnes spécialisés dans le fonctionnement de telle ou telle machine, ou de telle méthode d’échantillonnage. Le premier auteur est le chercheur qui s’est tapé la majorité du travail. Le dernier auteur c’est celui qui a coordonné l’étude et ramené le pognon. Souvent c’est le directeur du laboratoire.

En ce qui concerne le nombre d’auteurs des articles, il a tendance à être plus réduit en SHS. La majorité des articles sont écrits seuls, à deux au plus. En droit, au moins, les articles à 4 mains sont très rares. 

C’est le premier auteur qui a la responsabilité de soumettre l’article à la revue de son choix, et de communiquer avec l’éditeur de la revue et les reviewers. C’est donc un être fragile. Si un de vos potes vous dit qu’il a soumis son premier article, faites lui un câlin, car il s’est embarqué dans un beau voyage !

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Sacha Sydoryk

Docteur en droit public et maître de conférences, je vulgarise le droit et l’épistémologie de façon fun et didactique. En tout cas, j’essaie !