Bonjour et bienvenue dans Le Dico ! Aujourd’hui, on vous propose un épisode sur l’effet Barnum ! 

“Tu es quelqu’un de créatif, toujours à la recherche de nouvelles tendances, mais parfois tu te sens un peu perdu dans la masse. Tu aimes rire, t’amuser, mais tu veux aussi des moments pour te poser et réfléchir. Parfois, tu as l’impression que certaines vidéos te parlent directement, comme si elles étaient faites pour toi, même si tu sais que des millions de personnes les ont vues aussi.”

Tu penses que cet énoncé te décrit ? Il s’agit pourtant d’un énoncé générique, du même type que ceux qu’utilisent les astrologues, et qui est suffisamment vague pour s’appliquer à tout le monde. On appelle ça l’effet Barnum, ou l’effet puits.

L’idée est simple : les individus ont tendance à considérer comme très précis des énoncés décrivant certains de leurs traits de personnalité lorsqu’on présente ces éléments comme spécialement écrits pour eux, alors que ces énoncés sont vagues, généraux, et peuvent s’appliquer à n’importe qui ou presque.

Le fait de présenter un énoncé comme décrivant spécifiquement quelqu’un va donc rendre cet énoncé plus crédible aux yeux de la personne. Vous avez un doute ? C’est bien, il faut toujours douter ! Amusez-vous à lire chacun des horoscopes d’un jour donné. Vous verrez qu’en réalité, chacun vous correspondra plus ou moins, et c’est volontaire. C’est le même mécanisme à l’œuvre dans la majorité des disciplines de prédiction de personnalité, qu’il s’agisse, donc, de l’astrologie, de la voyance, ou des tests de personnalité.

La découverte de cet effet vient du psychologue Bertram Forer, dans un article de 1949, mais l’auteur parle de la “fallacie de la validation personnelle”, et reconnaissons que c’est moins vendeur. C’est le psychologue Paul Meehl qui utilise en 1956 le terme d’effet Barnum, en référence au showman P. T. Barnum. Oui oui, celui-là. Enfin sauf qu’il ressemblait plutôt à ça… [photo de Hugh Jackman dans the greatest showman, puis photo de Barnum].

L’article fondateur de Forer mérite d’être expliqué. Dans son expérience, il a annoncé à 39 de ses étudiants en psychologie qu’ils recevraient une description de leur personnalité fondée sur leurs résultats universitaires. Il leur a ensuite donné un document individualisé, mais qui contenait les mêmes 13 items, en leur demandant de noter à quel point ces éléments étaient corrects. La note moyenne était de… 4.3 sur 5.

Le terme d’effet puits vient d’Henri Broch, qui lui a donné en refaisant l’expérience de Forer, et en obtenant des résultats similaires.

Évidemment, le contexte dans lequel est donné un énoncé va jouer sur l’acceptation de son caractère correct, de même que le contenu positif ou négatif. Les psychologues Dickson et Kelly ont notamment mis en avant quelques facteurs : la persuasion du sujet que l’analyse s’appliquait à lui seul ; la reconnaissance par le sujet d’une autorité de l’évaluateur ; la présence dans l’analyse de traits majoritairement positifs.Tout ça nous permet d’expliquer pourquoi certains énoncés pourtant très génériques arrivent à nous convaincre qu’ils s’appliquent à nous.

Alors, la prochaine fois que quelqu’un prétend pouvoir lire ta personnalité, vérifie bien si ce qu’il te dit ne pourrait pas s’appliquer… à n’importe qui !

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Sacha Sydoryk

Docteur en droit public et maître de conférences, je vulgarise le droit et l’épistémologie de façon fun et didactique. En tout cas, j’essaie !