Bonjour et bienvenue dans Le Dico ! Aujourd’hui, on vous propose un épisode sur la déduction, l’induction et l’abduction !
« C’est élémentaire, mon cher Watson » Et si je te disais que Sherlock Holmes, le roi de la déduction… ne fait en réalité presque jamais de déduction ?
Pour comprendre comment on raisonne, et surtout comment on se plante, il est impératif de bien faire la différence entre trois types de raisonnements issus de la logique : la déduction, l’induction et l’abduction.
Commençons par le plus célèbre : la déduction, et le raisonnement déductif.
La déduction, c’est le terrain de la certitude. C’est un raisonnement qui va du général au particulier.
Le principe est simple : on part d’une règle générale, on l’applique à un cas particulier, et on obtient une conclusion qui est forcément vraie si les prémisses sont justes.
L’exemple classique, c’est le syllogisme de Socrate :
- Tous les hommes sont mortels (Règle générale).
- Or, Socrate est un homme (Cas particulier).
- Donc Socrate est mortel (Conclusion).
C’est imparable, inévitable. C’est presque mathématique. Si A implique B, et qu’on a A, alors on a forcément B.
Le problème de la déduction ? Elle n’invente rien. La conclusion est déjà contenue dans la règle de départ. On ne découvre pas de nouvelle vérité, on ne fait que dérouler ce qu’on sait déjà. C’est rassurant, mais ça ne fait pas avancer la science.
Passons ensuite à l’inverse : l’Induction et le raisonnement inductif.
L’induction, c’est le raisonnement qui va du particulier au général.
C’est ce qu’on fait tous les jours pour apprendre. On observe des faits répétés, et on en tire une règle générale.
Exemple :
- Je vois un cygne blanc sur le lac.
- Je vois un deuxième cygne blanc.
- J’en vois mille.
- Conclusion : “Tous les cygnes sont blancs”.
L’induction est très puissante car elle permet de créer de nouvelles connaissances, de nouvelles lois. C’est la base de la science empirique ! C’est de l’observation de la chute des corps, et de plusieurs expériences, que Newton a réussi à établir ses différentes lois de l’attraction.
Mais attention, contrairement à la déduction, l’induction n’est jamais certaine à 100%. Elle est seulement probabiliste.
Il suffit d’un seul cygne noir (ceux qu’on a découverts en Australie au XVIIe siècle) pour que la règle générale s’effondre. C’est le problème de l’induction : on ne peut jamais avoir tout observé. Si tu croises un conducteur de BMW qui met son clignotant, ça ne veut pas dire que la loi « Les BMW ne savent pas se servir du clignotant » est fausse, c’est peut-être juste une anomalie statistique…
Et enfin, on retrouve l’abduction et les raisonnements abductifs.
L’abduction, c’est le raisonnement du détective et du médecin. C’est l’inférence de la meilleure explication.
Ici, on part d’un résultat (une observation surprenante) et d’une règle connue, pour deviner ce qui s’est passé. On remonte le temps vers la cause la plus probable.
Exemple :
- Observation : La route est mouillée ce matin.
- Règle : Quand il pleut, la route est mouillée.
- Conclusion (Abduction) : Il a donc (probablement) plu cette nuit.
Est-ce que c’est sûr à 100% comme la déduction ? Non. La route pourrait être mouillée parce que la mairie est passée la laver, ou parce que mon voisin a arrosé son jardin n’importe comment. Mais « Il a plu » est l’explication la plus plausible, la plus vraisemblable, la plus probable.
Alors, dans le langage courant on parle souvent à tort de déduction, et c’est certainement de là que vient la confusion. Parce que ça, c’est exactement ce que fait Sherlock Holmes ! Quand il voit de la boue sur les chaussures de Watson, et qu’il en conclut qu’il a marché dans tel parc de Londres, il ne fait pas une déduction infaillible. Il fait une abduction. Il parie sur la cause la plus probable. Si ça se trouve, Watson a juste marché dans une flaque devant chez lui, et la terre était la même que celle du parc, ou alors il s’est fait éclabousser pour une charrette pleine de terre du parc, mais Conan Doyle s’arrange toujours pour que l’abduction de Sherlock Holmes soit la bonne.
Et donc, finalement ?
La déduction permet de formuler des conclusions qui sont toutes contenues dans la proposition initiale, mais ne permet pas de créer de nouvelles connaissances spécifiques.
L’induction permet de formuler des hypothèses générales nouvelles à partir d’observations particulières, mais cela ne rend pas ces conclusions vraies pour autant.
L’abduction permet de formuler une explication probable pour un résultat, en le rattachant à une règle générale qui existe.

