Bonjour et bienvenue dans Le Dico ! Aujourd’hui, on vous propose un épisode sur la bibliographie !
La partie la plus importante d’un article scientifique est probablement celle la moins connue et la moins lue. Il s’agit de la bibliographie !
Dans un article scientifique, qu’il s’agisse des sciences de la nature ou des articles de sciences humaines et sociales au sens large, il y a un élément extrêmement important, et souvent négligé du grand public voire des étudiants. Il s’agit de la bibliographie, ou plus largement de l’ensemble des sources mobilisées pour fonder la recherche (oui, parce que cet ensemble peut apparaître directement en bibliographie, ou simplement en notes de bas de pages, c’est très variable selon les disciplines).
La bibliographie, c’est donc tout simplement un ensemble de références à d’autres études, ou à des sources, des textes, sur lesquels repose une recherche déterminée. Dans un article au format IMRAD, le format standard des articles fondées sur des expérimentations, on va généralement retrouver la bibliographie à la toute fin, éventuellement avec des références dans le corps du texte. C’est pareil dans les livres (exemple d’illustration avec ma thèse). Dans les articles de SHS, c’est assez variable. En droit, l’usage n’est pas à la bibliographie formelle, mais les références sont insérées en note de bas de page. D’autres disciplines et d’autres revues, surtout internationales, vont plutôt proposer des références en corps de texte et une bibliographie finale, mais l’idée reste identique.
Pourquoi la bibliographie est-elle si importante ? Pour une raison assez simple : la science n’est pas un discours d’autorité mais de connaissance. Ce qui est avancé dans un article scientifique doit pouvoir être vérifié. Les données produites par l’expérience sont parfaitement expliquées, et soumises à réfutation. Les éléments issus d’autres recherches, eux, sont fournis au lecteur pour qu’il puisse aller vérifier. Vérifier quoi ? Vérifier qu’on ne s’est pas trompé en mobilisant les autres recherches, et vérifier que l’on ne dit pas volontairement n’importe quoi. D’ailleurs, on peut remonter l’histoire scientifique d’un sujet en remontant les différentes publications en bibliographie, de proche en proche, parce que la science, c’est un peu comme un mur où chaque article serait une brique qui repose sur toutes les briques posées par d’autres, et qui supporte toutes les futures briques.
Comment on lit une bibliographie ? Il faut reconnaître qu’à première vue, ce n’est pas évident, d’autant plus qu’il n’existe pas de manière absolument universelle de citer, et qu’on distingue entre les articles de revue et les livres.
On va prendre un exemple d’article scientifique au hasard pour expliquer, et avec deux formats de citation :
Sydoryk, S. (2023). Intégrité scientifique du juriste et explicitation du positionnement théorique. L’« aveu théorique » comme préalable à l’intégrité scientifique ? Les Cahiers Portalis, 12(2), 63-71. https://doi.org/10.3917/capo.012.0063.
Au début, on trouve le nom de l’auteur ou des auteurs. On peut aussi avoir en premier le nom de famille, et ensuite l’initiale du prénom, c’est variable, mais peu importe. C’est d’ailleurs la seule constante, parce que le reste diffère pas mal selon les styles de citation.
Après le nom, entre parenthèses, on trouve l’année de publication. Attention, ce n’est pas l’année d’écriture, parfois il y a un petit décalage, le temps que l’article soit accepté et imprimé. Il peut aussi y avoir un décalage entre les expérimentations et la publication, parfois de plusieurs années. Par exemple, des chiffres de prévalence dans un article de 2023 peuvent avoir été obtenus en 2020.
Ensuite, on trouve le nom de l’article. En sciences humaines et en France il est généralement entre guillemets, mais pas toujours.
Vient après le titre de la publication, souvent en italiques. C’est le nom de la revue dans laquelle l’article est publié. Attention, là je dis revue, mais il peut aussi s’agir d’un livre. Comment on sait ? En fonction de ce qui vient après ! En effet, quand il s’agit d’une revue, on va avoir des indications du volume et du numéro, mais pas pour un livre.
Ici, le 12 correspond au numéro de volume, et le (2) correspond au numéro de l’année. C’est donc le numéro 2 de 2023, qui correspond au volume 12. Souvent, dans les revues américaines, à une année correspond un numéro de volume, et pour chaque volume on a plusieurs parutions, 4 pour une revue trimestrielle. Dans ce cas, l’année et le volume donnent la même information, et le numéro permet de savoir spécifiquement quoi chercher.
On a enfin la pagination, pour retrouver facilement l’article quand on a mis la main sur le bon numéro du bon volume de la bonne année !
Et le lien à la fin ? C’est le DOI, ou Digital Object Identifier. C’est un lien pérenne et unique d’identification de l’article, qui permet de facilement accéder à la ressource. Evidemment, ça ne vaut que pour les articles les plus récents, à partir des années 2000. Et ce n’est pas systématique, malheureusement.
Cette forme de citation n’est pas la seule. En voici une autre, pour le même article, plus proche des canons des SHS. On y retrouve exactement les mêmes informations, mais l’ordre des un peu différent et c’est juste une question d’habitudes académiques dans nos différents domaines.
Sacha Sydoryk, « Intégrité scientifique du juriste et explicitation du positionnement théorique. L’“aveu théorique” comme préalable à l’intégrité scientifique ? ». Les Cahiers Portalis, 2023, n° 12. p.63-71.
Et la voici au format Vancouver, surtout utilisé en santé
Sydoryk S. Intégrité scientifique du juriste et explicitation du positionnement théorique:L’« aveu théorique » comme préalable à l’intégrité scientifique ? Les Cahiers Portalis. 2023;12(2):63‑71.
Alors, en réalité, c’est un petit peu plus subtil, mais ça permet de comprendre grosso modo comment se lit une référence scientifique ! Et voilà, maintenant les bibliographies académiques n’ont plus de secrets pour vous !

