Bonjour et bienvenue dans Le Dico ! Aujourd’hui, on vous propose un épisode sur la structure d’un article scientifique.

La science, elle se fait par des articles que t’es pas capable de lire !

Un article scientifique, c’est la forme finale et rédigée des résultats d’une recherche qui applique la méthode scientifique. Et ça ne se fait pas n’importe comment.

En sciences expérimentales, on retrouve une structure très standardisée au format IMRAD : une introduction, la méthodologie utilisée, les résultats obtenus, leur analyse, et une discussion autour de ceux-ci. Cette règle universelle permet de lire rapidement une étude puisque chaque section doit comporter des éléments très précis.

Par exemple, si on veut savoir si une molécule rejetée par une usine est toxique pour les poissons de la rivière en contrebas, on rédige une introduction rappelant les faits, les études déjà publiées sur ce produit et sur la mortalité des poissons, d’éventuelles recherches sur cette rivière et cette usine en particulier, et on explique pourquoi l’étude qu’on a menée est utile et pertinente. L’introduction a donc pour but de rappeler le sujet et les connaissances déjà acquises sur celui-ci.

Ensuite, on détaille dans la méthodologie comment on mesure la molécule suspecte, avec quels outils, quand et pendant combien de temps. Puis on précise comment on estime l’impact sur les poissons : comment on les compte, si on fait des nécropsies (une autopsie chez un animal), sur quelle durée on observe etc… Enfin, on explique bien quels sont les logiciels utilisés et comment sont stockées les données. Avec la méthodologie, il faut qu’une autre équipe puisse reproduire exactement la même expérience sans avoir besoin de poser la moindre question aux auteurs. C’est ce qui permet la reproductibilité propre à la méthode scientifique.

La partie des résultats est uniquement descriptive. On y rapporte les chiffres et les données de manière neutre. Par exemple, on décrit les concentrations dans l’air et dans l’eau de la molécule recherchée en fonction du temps, les quantité de poissons, la proportion ayant une cause de décès compatible avec ce qu’on imagine être l’effet de la molécule, et on détaille les tests statistiques et leurs résultats, comme une association positive entre les périodes de rejets de la molécule et une hausse de la mortalité des poissons.

C’est dans l’analyse qu’on essaie d’expliquer les résultats et de poser des hypothèses. On imagine que les rejets de l’usine peuvent être liés à la mort des poissons, mais puisque les femelles meurent plus, on suppose qu’il y a une sensibilité en fonction du sexe, on on met en relation la production de certains matériaux avec les pics de pollution et certaines causes de décès.

Dans la discussion, on discute des forces et des faiblesses de la méthode et des biais qu’on a accepté d’avoir. On compare aussi les résultats obtenus avec la littérature scientifique déjà existante et on essaie d’expliquer les éventuelles différences. Enfin, on imagine comment ces résultats pourraient être utilisés et quelles questions ont été soulevées. Dans notre exemple, la durée est peut-être trop réduite, la météo a été particulière, mais les relevés ont été faits de manière standardisée et fiable. Les résultats sont cohérents avec d’autres études antérieures faites ailleurs, et c’est plausible car la molécule suspecte est déjà connue pour avoir des effets néfastes sur les oiseaux. Cela pousse à faire d’autres études, notamment sur les crustacés ou les amphibiens, et sur des durées de recueil plus longues. Enfin, cela donne un argument de poids pour réglementer le rejet de cette molécule.

En SHS et en droit, les articles sont assez différents. D’abord, leur structure n’est pas aussi régulière. Les chercheurs sont libres de présenter leurs recherches comme ils le souhaitent. Notamment, puisqu’il n’y a pas une méthode unifiée et unique, même par discipline, les éléments de méthodes figurent de manière plus ou moins prégnante en introduction. En sociologie ils sont souvent fréquents, en droit ils le sont beaucoup moins. 

Mais en plus, le format article n’est pas le seul format de publication de la recherche dans ces domaines. La recherche avance aussi par le biais des monographies, et même des manuels (au moins pour le droit). Ainsi, la recherche avance par l’écriture de livres. D’ailleurs, en sociologie, ces ouvrages sont très souvent écrits aussi bien à destination des autres chercheurs que du grand public. 

Mais ce n’est pas tout. Une fois notre article rédigé, il faut le publier. Et c’est une autre paire de manches.

Photo

Sacha Sydoryk

Docteur en droit public et maître de conférences, je vulgarise le droit et l’épistémologie de façon fun et didactique. En tout cas, j’essaie !